Il y a 12 ans jour pour jour, le groupe armé M23 a bouleversé la vie en République Démocratique du Congo (RDC), plongeant le pays dans une instabilité sans précédent. Depuis plus de 25 ans, les provinces de l’Est, notamment le Kivu, paient le prix fort des exactions et des violences. Ce groupe terroriste a transformé cette région en un océan de sang, détruisant non seulement des vies humaines, mais aussi les espoirs de développement durable de tout un pays.
Introduction : La paix, fondement du développement durable
Depuis plus de deux décennies, l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) est le théâtre d’un conflit qui semble sans fin, dévastant les communautés et annihilant tout espoir de développement durable. Parmi les groupes armés les plus actifs, les CODECO en Ituri, les ADF à Beni et le tristement célèbre M23 au Nord-Kivu, figurent parmi les acteurs majeurs de cette crise. Ces groupes, par leurs actions violentes, ont transformé les provinces orientales en champs de bataille, entraînant massacres, déplacements massifs de populations, exploitation illégale des ressources naturelles, et une instabilité chronique.
La RDC, souvent qualifiée de « scandale géologique » en raison de ses immenses ressources naturelles, devrait être une nation prospère et un modèle de développement. Pourtant, elle figure parmi les pays les plus pauvres du monde. Ce paradoxe est le reflet d’un cercle vicieux alimenté par l’instabilité politique, les conflits armés et la mauvaise gouvernance.
Alors que les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies sont conçus comme une feuille de route pour construire un avenir meilleur pour tous, leur mise en œuvre en RDC reste un défi colossal. La paix, en particulier, incarnée par l’ODD 16 – Paix, Justice et Institutions Efficaces – se révèle être non seulement une priorité, mais aussi une condition sine qua non pour atteindre les autres objectifs.
Ce billet explore l’impact des conflits armés sur les plans économique, social et environnemental en RDC, tout en mettant en lumière pourquoi l’ODD 16 est la clé d’un développement durable dans ce pays marqué par des décennies de violence. Les tragédies perpétrées par des groupes comme les CODECO, les ADF et le M23 illustrent de manière poignante que sans paix, il ne peut y avoir ni justice, ni prospérité, ni avenir durable.
Étant le plus grand pays d’Afrique subsaharienne avec une superficie équivalente à celle de l’Europe occidentale, la RDC possède des ressources naturelles exceptionnelles, notamment:
- Les gisements de minerais (cobalt, cuivre, etc.);
- Un grand potentiel hydroélectrique;
- Des vastes terres arables;
- Une formidable biodiversité et la deuxième plus grande forêt tropicale du monde.
Et pourtant, malgré ce potentiel immense, la RDC reste l’un des pays les plus pauvres au monde. En 2022, environ 62 % de la population, soit 60 millions de personnes, vivaient avec moins de 2,15 dollars par jour. Une personne sur six en situation d’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne vit en RDC.
Ce paradoxe découle de décennies de conflits, d’instabilité politique et d’une mauvaise gouvernance, aggravées par l’absence de paix. Un pays déchiré par la guerre ne peut espérer ni prospérité ni durabilité.
L’ODD 16 : Une condition sine qua non au développement durable
Les Objectifs de Développement Durable (ODD) forment une réponse globale aux défis mondiaux. Bien que tous soient importants, je suis convaincu que l’ODD 16, qui vise la paix, la justice et des institutions efficaces, est le socle sur lequel reposent tous les autres.
Sans paix, aucun des 16 autres objectifs ne peut être atteint. Un pays en guerre est condamné à la pauvreté, à l’instabilité sociale et à la dégradation environnementale. Comme le souligne le Secrétaire général des Nations Unies, les conflits armés prolongés ne détruisent pas seulement des vies humaines. Ils s’attaquent aussi aux infrastructures (ODD 9), paralysent l’économie (ODD 8), sapent l’éducation (ODD 4) et la santé (ODD 3), tout en aggravant l’insécurité alimentaire (ODD 2).
L’impact de la guerre sur le développement durable
Sur le plan économique
Les groupes armés fragmentent le marché, contrôlant les sites miniers, rackettant les populations et imposant des taxes illégales. Ces activités alimentent une inflation galopante et fragilisent l’économie nationale. Parallèlement, le chômage, particulièrement chez les jeunes, atteint des niveaux alarmants.
Sur le plan environnemental
Plus de 110 000 kilomètres carrés de forêts, soit une superficie équivalente à celle de la Bulgarie, sont livrés à une exploitation illégale et anarchique. La faune et la flore, interdépendantes, sont également menacées. Comme l’a souligné un écologiste sur Radio Okapi : « En RDC, les conflits armés qui persistent depuis des décennies au Nord et au Sud-Kivu et en Ituri ont des incidences graves sur l’environnement : récoltes incendiées, sols empoisonnés, puits pollués, animaux sauvagement massacrés. »
Sur le plan social
Les pertes humaines et sociales sont effroyables : plus de 10 millions de morts, 500 000 femmes violées, des milliers d’enfants traumatisés. Les conflits armés ont également un impact dévastateur sur l’éducation. Dans les provinces du Nord-Kivu et d’Ituri, 2 100 écoles ont été fermées, privant 750 000 enfants de leur droit à l’éducation. Ces enfants, déplacés avec leurs familles, vivent dans des camps autour de Goma, plongés dans une précarité extrême.

La paix, clé de la durabilité
La paix est le fondement de tout développement durable. Elle est la clé qui ouvre la porte aux 16 autres ODD. La pauvreté (ODD 1), la faim (ODD 2), la santé (ODD 3), l’éducation (ODD 4), et même les problématiques environnementales (ODD 13 et 15) sont toutes profondément influencées par l’absence ou la présence de paix.
Il est impensable de parler de durabilité dans un contexte de guerre. Restaurer la paix en RDC, c’est donner à ce pays-continent la chance de se relever, de mettre en valeur ses immenses richesses, et d’offrir à ses habitants un avenir meilleur.
Ainsi, l’ODD 16 ne devrait pas seulement être un objectif parmi les autres. Il doit être le premier et le plus urgent. Car sans paix, tout le reste est voué à l’échec.



